Eksamen: PSP5800 | Semester: Høst 2023 | Varighet: 5 timer
Vekting: Lesing ca. 25 % | Skriving ca. 75 %
Madame, Monsieur,
Je souhaite réagir à votre article du 3 novembre sur les conditions d'élevage intensif en France. Les chiffres présentés sont accablants : 83 % des poulets de chair vivent dans des bâtiments sans lumière naturelle, et les porcs disposent d'un espace inférieur à un mètre carré par animal.
Il ne s'agit pas simplement d'une question de sensibilité animale, mais d'un enjeu de santé publique. L'utilisation massive d'antibiotiques dans les élevages industriels contribue directement à l'apparition de bactéries résistantes qui menacent la médecine humaine.
Plutôt que de se contenter de labels trompeurs, il serait temps que le législateur impose des normes contraignantes garantissant des conditions d'élevage dignes.
Respectueusement,
Ingrid Larsen
Le système éducatif français se présente volontiers comme le garant de l'égalité républicaine. La méritocratie scolaire constitue, depuis Jules Ferry, le pilier idéologique de l'école publique. Pourtant, les données statistiques révèlent un décalage troublant entre cet idéal et la réalité.
Comme le souligne le texte 1, la France est l'un des pays de l'OCDE où l'origine socio-économique détermine le plus fortement la réussite scolaire. Les enfants de cadres ont six fois plus de chances d'accéder aux grandes écoles que les enfants d'ouvriers. Ce constat suggère que l'école, loin de corriger les inégalités, les reproduit et les légitime.
Cependant, il serait injuste de nier les progrès accomplis. La démocratisation de l'accès au baccalauréat – passé de 5 % d'une génération en 1950 à 80 % aujourd'hui – représente une avancée considérable.
En définitive, le défi ne réside pas dans l'accès à l'éducation, mais dans la qualité de l'éducation offerte aux plus défavorisés. L'égalité formelle ne suffit pas ; c'est l'égalité réelle qu'il faut construire.
Nous vivons dans une époque paradoxale : jamais l'humanité n'a disposé d'autant de moyens pour conserver sa mémoire, et pourtant jamais l'oubli n'a semblé aussi menaçant. Les archives numériques accumulent des milliards de données, mais savons-nous encore nous souvenir ?
La mémoire collective, telle que la définissait le sociologue Maurice Halbwachs, est un processus actif de reconstruction du passé en fonction des besoins du présent. Elle n'est ni neutre ni exhaustive : elle sélectionne, hiérarchise et interprète. C'est précisément cette dimension sélective qui fait d'elle un enjeu politique majeur.
Dans le contexte français, les « guerres de mémoires » illustrent cette tension. La mémoire de la Seconde Guerre mondiale, celle de la guerre d'Algérie, celle de l'esclavage : autant de passés qui continuent de diviser la société française parce qu'ils interrogent les fondements mêmes de l'identité nationale.
La littérature joue un rôle essentiel dans ce travail mémoriel. Des auteurs comme Patrick Modiano, prix Nobel de littérature, ont consacré leur œuvre entière à l'exploration des zones d'ombre de la mémoire. Ses romans, peuplés de personnages qui cherchent des traces d'un passé insaisissable, nous rappellent que l'oubli n'est pas le contraire de la mémoire, mais son ombre inséparable.
Dans le monde francophone, cette réflexion prend une dimension particulière. Pour les sociétés marquées par la colonisation, se souvenir est un acte de résistance : contre l'effacement des cultures, contre la réécriture de l'histoire par les puissants.
En dernière analyse, la question n'est pas de savoir si nous devons nous souvenir – c'est une nécessité –, mais comment nous souvenir sans que la mémoire devienne une prison qui nous empêche d'imaginer l'avenir.
Être francophone en 2023, qu'est-ce que cela signifie ? Pour un Parisien, la question semble presque absurde – le français est l'air qu'il respire, la langue dans laquelle il pense, rêve et proteste. Mais pour un Sénégalais de Dakar, un Québécois de Montréal ou un Libanais de Beyrouth, la réponse est infiniment plus complexe.
La francophonie est un héritage ambigu. Elle porte en elle la mémoire d'une langue imposée par la colonisation, mais aussi celle d'une langue réappropriée, transformée, enrichie par ceux qui l'ont faite leur. Comme l'écrivait Kateb Yacine, le français est un « butin de guerre » – une arme retournée contre celui qui l'a imposée.
Aujourd'hui, la francophonie est avant tout africaine. C'est à Kinshasa, à Abidjan et à Douala que le français vit, évolue et se réinvente avec une vitalité que l'Académie française peine parfois à comprendre. Les néologismes africains, les créoles caribéens, le joual québécois : autant de preuves que le français n'est pas une langue figée, mais un organisme vivant qui se nourrit de la diversité de ses locuteurs.
Pour moi, étudiante norvégienne de français, cette diversité est précisément ce qui rend cette langue fascinante. Apprendre le français, ce n'est pas apprendre une langue : c'est entrer dans un monde pluriel, contradictoire et passionnant, où chaque accent raconte une histoire différente.