Eksamen: PSP5800 | Semester: Vår 2023 | Varighet: 5 timer
Vekting: Lesing ca. 25 % | Skriving ca. 75 %
Monsieur le Directeur,
Au nom de l'association des élèves du lycée Nydalen d'Oslo, je me permets de vous écrire au sujet d'un projet d'échange culturel avec votre établissement.
Nous souhaitons organiser, au cours de l'année scolaire prochaine, un séjour de deux semaines au cours duquel nos élèves de français pourraient assister aux cours de votre lycée et participer à des activités culturelles communes.
Ce projet s'inscrit dans une démarche pédagogique visant à renforcer les compétences linguistiques de nos élèves tout en favorisant la découverte interculturelle. Nous serions naturellement disposés à accueillir vos élèves en Norvège dans le cadre d'un échange réciproque.
Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de mes salutations respectueuses.
Astrid Bergström
En 2010, le « repas gastronomique des Français » a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Cette reconnaissance internationale consacre l'idée que la cuisine française n'est pas seulement un art culinaire, mais un élément fondamental de l'identité culturelle nationale.
Comme le souligne le texte 1, la gastronomie française repose sur un ensemble de rituels sociaux – l'apéritif, l'enchaînement des plats, le fromage avant le dessert – qui structurent la convivialité et renforcent le lien social. Manger ensemble, en France, c'est bien plus que se nourrir : c'est participer à un acte culturel.
Toutefois, le texte 2 met en lumière les paradoxes de cette tradition. L'essor de la restauration rapide, la standardisation des produits alimentaires et la pression du rythme de vie moderne menacent ces pratiques séculaires. Par ailleurs, la gastronomie française a longtemps marginalisé les apports culinaires issus de l'immigration, alors que le couscous est aujourd'hui le plat préféré des Français.
En définitive, l'identité gastronomique française est vivante précisément parce qu'elle évolue, s'enrichit et se réinvente au contact de la diversité.
Montesquieu écrivait : « Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l'oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe, ou bien qui fût utile à l'Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime. »
Cette réflexion, vieille de trois siècles, résonne avec une acuité particulière à notre époque. Le dérèglement climatique, les pandémies, les flux migratoires : les défis contemporains ne connaissent pas de frontières. Ils exigent une solidarité qui dépasse le cadre national.
Pourtant, l'idée de citoyenneté mondiale suscite des résistances légitimes. Comment se sentir solidaire d'êtres humains que l'on ne connaîtra jamais, dont on ne parle pas la langue, dont on ne partage pas les coutumes ? La philosophe Martha Nussbaum répond que la compassion s'éduque – par la littérature, par les voyages, par la rencontre avec l'altérité.
Dans l'espace francophone, cette éducation à l'universel prend une dimension concrète. Un étudiant sénégalais qui lit Molière et un lycéen parisien qui découvre Mariama Bâ participent, chacun à sa manière, à la construction d'un imaginaire partagé. La langue française, avec toutes ses contradictions historiques, devient ainsi un pont entre des mondes que tout semble séparer.
Être citoyen du monde, ce n'est pas renoncer à ses racines. C'est reconnaître que ces racines sont, depuis toujours, nourries par des affluents venus d'ailleurs – et que notre humanité commune est plus vaste que nos différences.
Il m'arrive parfois, en plein milieu d'une conversation en français, de chercher un mot qui n'existe pas. Non pas un mot que j'aurais oublié, mais un mot qui, tout simplement, n'a pas d'équivalent dans l'autre langue.
En norvégien, « koselig » désigne un sentiment de chaleur intime et de bien-être partagé. En français, il faudrait dire « agréable », « chaleureux », « convivial » – mais aucun de ces mots ne capture exactement la même réalité. Inversement, le mot français « dépaysement » – ce mélange de désorientation et d'émerveillement que l'on ressent en terre étrangère – n'a pas d'équivalent norvégien précis.
Ces lacunes ne sont pas anecdotiques. Elles révèlent que chaque langue découpe le réel à sa manière, créant des catégories mentales qui influencent notre façon de percevoir le monde. Le linguiste Émile Benveniste affirmait que « nous ne voyons pas le monde tel qu'il est, mais tel que notre langue nous permet de le voir ».
Apprendre une langue étrangère, c'est donc acquérir un nouveau regard. Ce qui me fascine dans le français, c'est cette capacité à nommer des nuances émotionnelles et intellectuelles avec une précision que le norvégien, dans sa sobriété nordique, préfère souvent laisser dans l'implicite.
Peut-être est-ce là le plus beau cadeau du bilinguisme : non pas deux façons de dire la même chose, mais deux façons de penser le monde – et, entre les deux, un espace de liberté où l'on invente sa propre voix.